PÔLE
UNIVERSITAIRE
DE
DJIBOUTI
Établissement d'Enseignement
Supérieur
INSTITUT
SUPERIEUR DES AFFAIRES DE DJIBOUTI
Collection "Études de métiers"
BOUCHERIE
SOMMAIRE
-
|
I.
DEFINITION DE LA PROFESSION
................................................
A) Activités B)
Aptitudes II.
LE MARCHE
.................................................................................. A)
La demande 1.
Typologie de la clientèle 2.
Variations saisonnières 3.
Aspect quantitatif B)
L'offre 1.
La production 2.
Les importations 3.
La distribution III.
LES MOYENS DE PRODUCTION
................................................
A) Ressources humaines B)
Équipements IV.
EXPLOITATION
...........................................................................
A) Chiffre d'affaires et marges B)
Charges C)
Gestion du froid V.
REGLEMENTATION
.....................................................................
A) Autorisation B)
Contrôles C)
Fiscalité VI.
LE MILIEU PROFESSIONNEL
.....................................................
A) Organisation professionnelle B)
Formation CONCLUSION
.................................................................................. |
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9
|
================
I.
DEFINITION DE LA PROFESSION:
A)
Activités
La
boucherie est l'ensemble des activités de la viande de consommation après abattage des
animaux. Les animaux appelés "animaux de boucherie" sont traditionnellement les
bovins, les caprins et les ovins, rarement les dromadaires.
De
l'approvisionnement à la vente au détail, le boucher est le spécialiste de la
viande. Il achète les animaux, en carcasses ou en quartiers.
-
C'est en général le patron qui effectue les achats. En plus des carcasses, le
boucher peut également acheter des quartiers qu'il utilisera pour la fabrication
de préparations crues prêtes à l'emploi.
-
Le boucher (dans une petite boucherie) ou le maître-boucher (dans une grande
boucherie) trie les carcasses, les découpe en pièces ou en quartiers, les
désosse, sépare les muscles. Ce travail s'effectue à l'atelier de découpe du
magasin.
B)
Aptitudes
Le
boucher doit d'abord savoir acheter s'il veut présenter des produits de qualité
(tendreté, couleur, saveur).
L’habileté
manuelle est bien sûr de rigueur. Tout est bon à dépecer, désosser, dégraisser,
dénerver et parer. Il faut connaître l’anatomie animale et la configuration des
morceaux.
Étant
donné les nombreuses manipulations et transformations de denrées crues, ce
métier nécessite une hygiène parfaite, de l'adresse, de la résistance à la
fatigue de la station debout. Le boucher dispose en général d’une solide
santé.
L'activité
commerciale exige le sens des relations avec la clientèle et des connaissances
comptables pour gérer au mieux son affaire. L’accueil des clients est important,
les lieux doivent être bien tenus et les tabliers propres.
II. LE
MARCHE
A) La
demande
1. Typologie de la clientèle
a) Les ménages
- Les Djiboutiens, pour des raisons
économiques, sont plus sensibles aux prix et peu regardants quant aux conditions
d'hygiène ; ils s’approvisionnent au marché central ou au marché de Balbala. Ils
achètent surtout de la viande hachée, mais aussi du filet, du faut filet, du
steack, des merguez et de la viande pour brochettes. En moyenne par jour, ils
achètent 1 à 2 kg de viande par famille.
- La clientèle européenne a tendance à se procurer la viande dans les boucheries installées pour des raisons d’hygiène et de sécurité sur la provenance des produits. Elle consomme aussi des produits importés : viande de France au détail à Sémiramis, produits congelés (steaks hachés, par exemple).
b) Les
collectivités
- Les militaires : Les FFDJ ont une
consommation considérable et assurent
directement une partie de leur approvisionnement, par l'intermédiaire de
leur supermarché, le PPI, qui est chargé des importations de produits
alimentaires. Les différentes unités achètent également aux distributeurs locaux
(la Sodras notamment). L'AND représente aussi une forte collectivité dont la
consommation en viande est importante.
- Les restaurants : Qu'ils soient haut de gamme ou populaires, ils sont des clients intéressants pour les boucheries par la régularité et le volume de leurs achats.
2.
Variations saisonnières :
La consommation de la viande a tendance à s’accroître pendant les périodes de fête par rapport aux autres moments de l’année. L'Aïd, la fête de mouton, conduit à une demande très forte sur une très courte période, ce qui fait flamber les prix.
3.
Aspect quantitatif
Du
fait des circuits parallèles (abattage clandestin), les statistiques ne
reflètent qu'une partie de la réalité. Pour l'année 1996, les statistiques des
abattoirs indiquent
|
Grands
ruminants |
Petits
ruminants |
Dromadaires |
|
24
378 |
118
128 |
37 |
soit
en moyenne 2 000 bovins et 10 000 ovins et caprins consommés chaque mois à
Djibouti.
B)
L’offre
1. La
production
La
rubrique "abattage" des comptes nationaux sur la période 1990-1998 publiés par
la DINAS nous apporte des informations sur la tendance du secteur.
Dans ces
chiffres, la production est la valeur de la viande ainsi que celle des peaux
(qui sont souvent exportées). Les consommations intermédiaires sont les intrants
et donc principalement les animaux passés par l'abattage contrôlé et l'abattage
non contrôlé.
On
constate qu'après une période de régression de 1992 à 1994 due en partie au
conflit intérieur et au mauvais fonctionnement de l'élevage durant cette
période, la filière viande se redresse progressivement.
|
COMPTES |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
|
Production |
3 888 539 |
4 428 207 |
4 460 570 |
3 928 746 |
2 961 167 |
3 051 527 |
3 266 192 |
3 364 178 |
3 465 103 |
|
Consommations
intermédiaires |
3 211 933 |
3 509 019 |
3 684 431 |
3 245 144 |
2 445 924 |
2 520 561 |
2 697 875 |
2 778 811 |
2 862 175 |
|
Valeur ajoutée
|
676 605 |
739 188 |
776 139 |
683 602 |
515 423 |
530 966 |
568 318 |
585 367 |
602 928 |
|
Rémunérations
des salariés |
58 239 |
64 454 |
68 082 |
64 072 |
46 805 |
46 070 |
47 015 |
48 425 |
49 878 |
|
Impôts
indirects |
1 620 |
1 770 |
1 859 |
1 637 |
1 234 |
1 271 |
1 361 |
0 |
0 |
|
- Subventions
d'exploitation |
27 |
27 |
26 |
21 |
16 |
16 |
17 |
17 |
17 |
|
Excédent brut
d'exploitation |
616 773 |
672 991 |
706 224 |
617 914 |
467 221 |
483 608 |
519 925 |
536 925 |
553 033 |
Les bouchers s’approvisionnent au parc à bestiaux situé à Balbala. Le mouton ou la chèvre coûte de 2 500 à 8 000 DJF en fonction de la demande (les prix montent en temps de fête). Après Balbala, les troupeaux sont acheminés aux abattoirs où ils sont égorgés (300 DJF par exemple pour un mouton, 1200 DJF par bête pour les professionnels). C'est à ce niveau qu'on constate un abattage sauvage pour échapper aux taxes des abattoirs.
Il y a
des bouchers (comme "Bonne Viande") qui ont leur propre élevage et qui n’ont pas
besoin d’aller à Balbala. Ceci leur revient moins cher dans l’achat et la
livraison de la matière première.
2. Les
importations
Les
statistiques disponibles ne donnent pas de détail des produits par nature
(bœufs, chêvres, moutons, volailles...). Ce circuit d'importation concerne
principalement l'approvisionnement de Sémiramis (qui vend au détail de la viande
importée) et de grossistes en alimentation comme les Glacières de Djibouti. Il
apparaît une diminution des importations qu'on peut mettre en perspective avec
l'augmentation de la production locale.
IMPORTATIONS MARITIMES (en tonnes)
|
Marchandises |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
|
Total viandes et poissons frais |
1824 |
810 |
511 |
321 |
218 |
|
dont
viande fraîches réfrigérées ou congelées |
NC |
NC |
511 |
268 |
218 |
Source :
statistiques portuaires
3. La
distribution :
On
peut distinguer cinq types d'entreprises :
·
L'entreprise
très importante ayant
les moyens financiers pour créer une unité de production. Elle fabrique pour
approvisionner des revendeurs. Elle possède son propre point de vente. C'est le
cas de "Sodras viande": créée en octobre 1996, cette entreprise est située dans
la zone industrielle en face des abattoirs (tel :35.29.62 ou 35.76.23) et
possède des installations au port (9 chambres froides).
·
La
boucherie artisanale
traditionnelle qui cumule fabrication et vente. Elle écoule directement sa
production auprès d'une clientèle habituelle. Elle possède un local constitué
d'un magasin et d'un petit laboratoire attenant. Les prix sont plus chers que
ceux proposés sur le marché local. Citons :
-
Boucherie "Bonne viande" : Elle est située boulevard Cheik Osman (tél.35.41.43).
Elle possède un élevage personnel produisant également du lait qu'on peut
acheter en même temps que la viande.
-
Magasin frigorifique : créée en 1950, cette boucherie est située rue
d'Ethiopie (tel. 35.36.52). Elle vend aussi du poisson.
-
Boucherie Abdi Guedi Waïs : installée rue de Verdon (Tél.35.68.24),), elle est
située dans un quartier commercialement très animé.
-
Boucherie Mohamed Abdi Saïd à Ambouli
-
Boucheries Hassan Ibrahim Amir, Mahamoud Djama Barreh, Mahamoud Elmi Waïs,
boucheries de Balbala qui payent la patente classe 7 (10-20 tonnes/an).
·
Les
points de vente non spécialisés : Il
s'agit des supérettes d'alimentation générale qui possèdent un rayon
boucherie (Sémiramis, supérette de
l'Aéroport, supérette Bambis) ou qui se limitent à vendre de la viande congelée
(Kiosque Napoléon).
·
La
boucherie de marché qui
vend à bas prix mais en plein air, sans aucune d’hygiène. Il s'agit des bouchers
du marché central de Djibouti et du marché de Balbala.
·
les
bouchers ambulants qui
font partie du secteur informel : ce sont des petits marchands qui transportent
leurs marchandises, la viande découpée, dans des brouettes. On les trouve
généralement dans les quartiers (surtout pendant les fêtes).
·
Les
boucheries :
L'équipement
de base minimum d'une boucherie comporte une chambre froide pour l'entreposage
des carcasses, quelques frigos, un local climatisé et réfrigéré pour les
opérations de découpe, des tables de découpe, du petit matériel tel que scies,
hachoirs, couteaux de toutes tailles...
Le
nettoyage des locaux, du laboratoire, du matériel, des bacs et plateaux de
présentation en magasin s'effectue quotidiennement. Une fois par semaine,
l'ensemble des locaux devrait être désinfecté et lavé.
·
Les
revendeurs du marché central :
Des
couteaux, un métal pour aiguiser les couteaux, une table et une corbeille pour
les déchets.
B) Les
ressources humaines
A
chaque type d'entreprise décrit plus haut correspond une organisation du travail
et des qualifications du personnel différentes :
·
Dans
la grande entreprise, il
faut des professionnels travaillant au rendement, encadrés par des chefs
d'équipe, des chefs de fabrication et des contremaîtres qualifiés.
·
Dans
les points de vente non spécialisés,
c'est un personnel essentiellement formé à la vente (avec éventuellement
quelques spécialisations) qui sera recruté.
·
Dans
les boucheries artisanales
traditionnelles, un personnel polyvalent avec des compétences techniques et de
gestion commerciale. En plus du responsable, on a souvent la structure suivante
: 2 bouchers, 1 caissier, 1 femme de ménage et 1 chauffeur.
·
Les
bouchers de marché et les bouchers ambulants travaillent
souvent seuls ou avec un assistant qui est souvent un membre de la famille.
IV. EXPLOITATION
A)
Chiffre d'affaires et marges
Le
chiffre d'affaires est évidemment très variable selon qu'il s'agit d'un boucher
ambulant qui débite un mouton par jour ou d'une boucherie artisanale qui reçoit
50 à 100 clients par jour et vend plus de 200 kg de viande quotidiennement. Les
bouchers installés pratiquent un taux de marque (résultat / CA) de l'ordre de 25
à 33%, ceux du marché un taux d'environ 15 à 18 %.
B) Les
charges
Voici
les fourchettes de charges pour les boucheries artisanales de Djibouti.
|
Nature
(mensuelle) |
Montant en
DJF |
|
-
Achats de matières premières -
Électricité -
Eau -
Carburant, entretien véhicule -
Loyer -
Charges de personnel -
Patente (annuelle). -
Assurance (annuelle) |
1 000 000 à 5 000000 75
000 à 200 000 10
000 à 20 000 40
000 à 70 000 40
000 à 80 000 150
000 à 400 000 250
000 à 1 200 000 280
000 à 500 000 |
C)
Gestion du froid
Si la conservation est mal conduite (température trop élevée, par exemple) la viande se dégrade, se putréfie, devient impropre à la consommation et parfois dangereuse. Nous remarquons que la facture d'électricité est lourde dans une boucherie, du fait de la consommation des matériels de réfrigération : chambre froide, réfrigérateurs ou congélateurs.
V. REGLEMENTATION
Le
métier de boucher est bien réglementé même si cette réglementation n’est pas
suivie à la lettre dans certaines boucheries. La réglementation concerne surtout
les conditions d’hygiène des locaux et des matériels.
A)
Autorisation
Pour
ouvrir une boucherie, il faut en principe obtenir une autorisation du District,
après avis favorable du Service d’hygiène.
Le
secteur informel s’est beaucoup développé ces dernières années. En effet, il
existe de plus en plus de bouchers ambulants qui égorgent leur bétail eux-mêmes
sans passer par l’abattoir pour échapper aux taxes. Ceci a même provoqué la
colère des bouchers qui ont mené dernièrement une grève pour que les autorités
concernées interviennent et mettent fin à cette concurrence illégale.
B)
Contrôles
Le
contrôle est fait, dans les abattoirs et sur les lieux de vente, par les
services vétérinaires. Les règles d'hygiène, pour les locaux et les personnes,
et les normes de réfrigération (températures et durées de conservation) sont
très strictes pour toutes les manipulations.
Après
les opérations d'abattage, les carcasses subissent une inspection sanitaire et
vétérinaire pour que les viandes dangereuses ne soient pas livrées à la
consommation, et aussi pour déceler les maladies des animaux, qu'elles soient ou
non transmissibles à l'homme. Après examen, les carcasses sont estampillées.
Notons
qu'avec l'affaire de "la vache folle ", on a instauré en Europe de nouveaux
critères de qualité des viandes, et on indique en particulier l'origine de la
bête.
C)
Fiscalité
L'administration
des impôts distingue les bouchers vendant principalement à d'autres bouchers et
les bouchers vendant exclusivement au consommateur, qu'il s'agisse de viandes
importées ou abattues :
|
CATEGORIE |
QUANTITES
VENDUES |
CLASSE |
DROIT
FIXE |
DROIT
PROPORTIONNEL |
|
Boucher
"en gros" |
- plus
de 50 tonnes -
moins de 50 tonnes |
5 6 |
200
000 120
000 |
25 %
valeur locative 20 %
|
|
Boucher
"au détail" |
- plus
de 40 tonnes -
entre 20 et 40 tonnes -
entre 10 et 20 tonnes -
moins de 10 tonnes |
4 6 7 10 |
800
000 200
000 120
000 15
000 |
30
% 20
% 15
% exempté |
VI.
LE MILIEU PROFESSIONNEL
A)
Organisation professionnelle
Cette
profession possède deux syndicats, l’un situé à Balbala et l’autre à l’avenue
Nasser. Ces syndicats ont pour but de défendre les intérêts des bouchers. Ils
ont rédigé une réglementation définissant précisément les droits et les
obligations de chaque boucher. Ces textes prévoient par exemple le convoyage en
commun à l'abattoir des bêtes achetées au parc de Balbala, la gestion commune
des peaux, mais aussi l'assistance sociale en cas de maladie ou de décès et des
sanctions en cas de manquements au règlement (amendes, exclusion).
B)
Formation :
La
plupart des bouchers djiboutiens ont appris leur métier sur le tas, parfois
comme apprenti. A Djibouti, il n’y a actuellement aucun organisme qui offre une
formation professionnelle en boucherie (CAP ou BP), ce que regrettent les
responsables de boucheries qui désirent en général former leur personnel.
- La grande
majorité de la population est confrontée à des professionnels de la boucherie
(marché et ambulants) qui ne respectent pas les règles d'hygiène, tant au niveau
de l'abattage qu'au niveau de la commercialisation. En plus des risques de
maladies, l'absence de moyens de réfrigération occasionne parfois des pertes
importantes pour les bouchers.
Des
solutions simples existent pourtant qui ont fait leurs preuves dans d'autres
pays, comme l'utilisation d'un chariot isotherme standard : une à deux caisses
de glace placées dans un caisson permettant de maintenir au frais la viande ; le
dessus du caisson peut être aménagé pour l’exposition et la vente (avec une
planche en téflon pour la coupe et l’emplacement de la balance pour le pesage).
Il est possible même de prévoir sur cette surface une petite vitrine avec cadre
en bois, permettant de garder la viande loin des mouches et autres saletés.
- Certains bouchers installés manquent de sens commercial. Ils pourraient
facilement améliorer leur
rentabilité et élargir leur clientèle :
-
en répondant mieux aux exigences de celle-ci,
-
en agençant mieux leur magasin de manière plus saine et donc plus attrayante,
-
en proposant d'autres produits accessoires (alimentation, fruits et légumes,
volaille, poisson...).
de Ayan Ibrahim et Zam Zam Zakaria
et le financement du Service de coopération et d'action culturelle
de l'Ambassade de France